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Lumière sur : Suehiro Maruo, maître du manga érotico-grotesque

Entraperçu dans un “Spécial Rêve” du mensuel (À Suivre) en 1991 puis dans les deux premiers numéros de Popo Coloren 1995, Maruo est traduit depuis 2004 grâce aux efforts conjugués de deux labels alternatifs : IMHO (“La Jeune Fille aux camélias”) et surtout Le Lézard Noir (“L’Art du bain japonais”, “Exercices d’automne” — avec Leonard Koren —, “Lunatic Lover’s”, “Yume no Q-Saku” et deux volumes de “Vampyre”). À une autre époque, son œuvre aurait été classée dans la catégorie “art décadent ” et c’est d’ailleurs de ce côté qu’il faut rechercher des filiations. Autodidacte, l’art de ce maître du genre “ero-guro” (érotique grotesque) dessiné puise son inspiration dans le mouvement expressionniste allemand pictural et cinématographique des années trente, des poses ambiguës des innocentes jeunes filles peintes par Balthus comme des poupées désarticulées de Hans Bellmer, de la littérature d’Edogawa Ranpo et des mangakas côtoyés dans Gekkan Manga Garo, tel que Kazuichi Hanawa, avec qui d’ailleurs il cosigne une version de la saga “Eimei” (“Edo Showa kyosaku muzan’e Eimei nijuhasshuku”, 28 rencontres meurtrières avec poèmes, 1988).

Graphiquement, son sens de la liberté l’amène à tout oser, en usant d’une ligne claire parfois tramée, d’un découpage distinguant l’image du texte, et d’un assemblage de vignettes esthétiquement éprouvantes. Auteur d’une vingtaine de livres depuis le début des années quatre-vingt, c’est Seirindo, l’éditeur de la revue expérimentale Garo, qui en publie les principaux, composés pour l’essentiel de récits courts : “Barairo no kaibutsu” (1982), “Yume no Q-Saku” (1982), “DDT” (1983), “Shojo Tsubaki” (1984), “Kinrandonsu datai sakuhin shu” (1985), “Maruo jigoku” 1 & 2 (1988, 1995), “Kokuritsu shonen / National Kid” (1989), “Lunatic Lover’s” (1997)… Présent aussi dans le magazine Kawade Personal Comics de Kawade Shobo Shinsha, dans Young Champion Comics de Akita Shoten, il réalise encore de nombreuses illustrations pour des pochettes de disques, des romans et la presse magazine, mais aussi pour le monde de la lithographie où il est très prisé. Mœbius (“L’Incal”) a dit de lui : “Maruo est l’incandescence totale de la colère sexuelle, de la volonté destructrice, de l’appel au secours permanent d’un enfant torturé, dans un regard plein de compassion mais en même temps aveuglé par une rage terrible.

LA JEUNE FILLE AUX CAMÉLIAS


Shojo Tsubaki” (titre original) est l’un des premiers travaux de Maruo. Publié au départ dans Manga Piranha de Tatsumi Shuppan en 1981, puis trouvant sa forme définitive dans Garo en 1984, il constitue le quatrième volume de l’auteur chez Seirindo, traduit en Espagne, en Italie et en Allemagne sous le titre de “Midori”, puis en France en 2009 chez Imho. Midori, justement, en est la figure centrale. Orpheline dans l’après-guerre tokyoïte, elle échappe à la misère en devenant la bonne à tout faire et le souffre douleur d’une troupe ambulante de freaks. La référence au film de Tod Browning (1932) est évidente mais les influences de Maruo sont multiples, des surréalistes français à la tradition nippone de l’horreur macabre.

Ce récit de 150 pages se lit comme une histoire d’amour contre nature entre une fillette à la candeur éclatante et un nain adulte à l’imaginaire pervers entraînant sa “filleule” et le lecteur dans une collision entre rêve et réalité. Mais “Shojo Tsubaki” peut se lire aussi comme un roman de formation qui permet d’appréhender l’altérité. Ce chef-d’œuvre inspire en 1992 un moyen métrage d’animation réalisé par Hiroshi Harada sur une musique originale de J.A. Seazer (CD édité par Le Lézard Noir). Rarement programmé dans les festivals par peur d’essuyer les foudres de madame Anasthasie, il est disponible depuis 2006 en DVD chez CinéMalta.

Cet article est extrait de l’Encyclopédie de la bande dessinée érotique, par Henri Filippini.


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